La thérapie EMDR

STIMULER LES MÉCANISMES NATURELS DE MÉTABOLISATION PSYCHIQUE : L’EMDR

«  Faites confiance à la résilience humaine  »
(Roger SOLOMON, Formateur Senior, EMDR Institute, 2000)

Dans les années 80, lors d’une promenade dans un campus universitaire californien, Francine SHAPIRO remarque de
façon inopinée
que des mouvements oculaires spontanés diminuent les pensées soucieuses qui occupent son esprit à ce moment (Shapiro 1989).

En une quinzaine d’années, cette observation fortuite a ouvert :
un champ de recherches immense et
a évolué vers la conceptualisation d’un protocole de psychothérapie structuré,
reconnu scientifiquement comme traitement efficace de l’ESPT
par l’INSERM (France, 2004),
par l’American Psychiatric Association (USA, 2004),
par le Veteran Administration-Department of Defense (USA, 2004),
par le National Institute for Clinical Excellence (R.U., 2005).

L’expérience clinique incite à penser que l’un des « principes actifs » essentiel de l’EMDR est le processus attentionnel qu’il engage, plutôt que n’importe quelle mobilisation musculaire particulière.

Diverses formes de stimulations bilatérales (tapotements sur les mains ou sons alternatifs à droite et à gauche) produisent ainsi les mêmes effets que les mouvements oculaires.

Bien que limitée, la dénomination « EMDR » (littéralement : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) a cependant été conservée.
Les praticiens EMDR constatent au quotidien que les effets thérapeutiques de l’application de ce protocole dépassent largement la désensibilisation de l’anxiété et la restructuration cognitive soulignées par cette appellation.

Partageant avec la tradition cognitivo-comportementale des briques conceptuelles essentielles, l’EMDR s’est ainsi révélée être une approche intégrative incorporant des éléments de nombreux autres courants thérapeutiques combinés avec une stimulation sensorielle bilatérale.

Comme orientation spécifique, l’EMDR est guidée conceptuellement par un modèle de traitement adaptatif de l’information (Shapiro 1991, 1995, 2001).

Ce modèle inclut une théorie du développement de la personnalité et une conception spécifique de la pathologie et des processus de changement.

UNE CONCEPTION SPÉCIFIQUE DE LA PATHOLOGIE ET DES PROCESSUS DE CHANGEMENT

Quelle que soit l’orientation théorique qui gouverne les diverses pratiques cliniques, un consensus existe sur l’idée que les symptômes et la souffrance psychiques proviennent au moins en partie d’expériences survenues dans le passé.

Le traumatisme psychique est ainsi un excellent point de référence pour les phénomènes sous-jacents à de nombreux tableaux psychopathologiques.

Une définition simple du traumatisme communément utilisée par les cliniciens EMDR est tout événement qui a un effet négatif durable sur le soi ou le psychisme.

Les troubles consécutifs à l’exposition à des événements répondant au critère A caractérisant le diagnostic d’ESPT selon le DSM IV sont surnommés « Traumas Grand T ».
Dans ce cas, l’événement à l’origine du syndrome est facilement repérable.

Si les personnes souffrant d’ESPT ont ainsi « le privilège » de connaître l’origine de leurs peurs, d’autres personnes se débattent avec des pensées, des émotions et des sensations physiques associées sans très bien savoir d’où celles-ci proviennent.
Dissocié du champ de conscience courant, un passé non clairement identifié les garde prisonniers de représentations de soi et de la réalité qui vont perdurer bien au-delà du moment dans lequel elles se sont formées.
Moins facilement reconnaissable, la source (ou les sources) de leur difficultés provient de l’interaction de la situation courante avec ces souvenirs perturbants qu’il va falloir identifier et traiter.

Toute expérience de l’enfance ayant eu un effet négatif durable peut être ainsi considérée comme un « trauma petit t » (Shapiro1995, 2001, Shapiro et Forrest 1995).
L’EMDR va s’intéresser à nombre de ces derniers car fondamentalement, l’individu en difficulté réagit de façon dysfonctionnelle à des situations présentes à cause de réponses automatiques mises en place lors d’événements passés et qui sont devenues encodées physiologiquement.
Ces modes rigides de réaction et de comportements sont compris comme l’émergence d’informations non traitées par le système nerveux dans laquelle dominent des affects pénibles (Shapiro 1995, 2001, Shapiro et Forrest 1997) et qui a pour effet de transformer le passé en présent.

MODÈLE DU TRAITEMENT ADAPTATIF DE L’INFORMATION

La thèse centrale de la psychothérapie EMDR est donc que le stockage neurophysiologique d’expériences anciennes est la clé de compréhension du comportement, de la personnalité et du fonctionnement psychologique global d’un individu.

Les informations perceptuelles d’expériences passées, plaisantes ou douloureuses, stockées dans des réseaux de mémoire favorisent un apprentissage naturel et fonctionnel lorsque des associations adaptatives, non bloquées par des traumatismes, se réalisent.
Lorsque l’individu fait l’expérience d’un traumatisme, le système peut se déséquilibrer et les informations (l’expérience) sont alors stockées et conservées de façon dite « dysfonctionnelle », c’est-à-dire à l’état brut, sous la même forme, que les perceptions d’origine, avec son lot d’émotions, de sensations physiques vécues dans le passé.

Les perceptions initiales sont stockées telles qu’elles étaient au moment de l’expérience d’origine, avec toutes les distorsions engendrées par une activation physiologique élevée.
La recherche en neurobiologie indique que ces informations qualifiées d’état-dépendantes de la mémoire implicite, et qui font partie du matériel traumatique non résolu, contiennent les affects et les sensations éprouvées au moment de l’événement (Van der Kolk, 1994, Siegel 1999).

Cette sorte de stase neurobiologique empêche les connections menant à un apprentissage approprié. Par exemple : une personne agressée sexuellement dans son enfance se sent coupable, 20 ans plus tard encore.
En tant qu’adulte, la victime est éventuellement prête à reconnaître que les enfants subissant ce type d’agression sont innocents, mais elle ne le ressent pas comme vrai pour elle-même.
Ainsi, l’information encodant l’événement traumatique est stocké dans un réseau (je suis coupable) tandis que l’information appropriée (pensée de l’adulte : les enfants ne sont pas coupables des abus qu’ils subissent) est stockée dans un autre réseau de mémoire.

Le lien approprié entre les deux ne peut se faire (j’ai été victime d’une agressions sexuelle et je suis innocente).
Ce décalage entre ce que la personne « sait » et ce qu’elle ressent la concernant est tout à fait caractéristique de la déconnection des réseaux d’informations.
Non ou mal métabolisés, les souvenirs deviennent la base de réactions dysfonctionnelles dans le présent (inhibition dans les relations sexuelles, incapacité à poser des limites, prise de risque menant à d’autres agressions par exemple…).

L’assimilation d’un événement en un réseau de mémoire associé et son intégration dans l’identité de l’individu peuvent être estimées comme la base d’un développement sain de la personnalité.
Des réponses adaptées sont considérées comme étant engendrées par des expériences infantiles (informations) traitées de façon adéquate, et ayant construit les fondations de comportements appropriés.
Si les réponses sont dysfonctionnelles, elles sont considérées comme engendrées par des expériences passées (informations) traitées de façon inadéquate, et qui sont réactivées par les conditions courantes.

L’EMDR va opérer un retraitement de l’information stockée de façon dysfonctionnelle et permettre aux liens appropriés de se faire.
C’est pourquoi elle est conçue comme un modèle de traitement adaptatif de l’information (Shapiro 1991, 1995, 2001).
Ce modèle affirme que les systèmes physiologiques du cerveau contribuant à l’assimilation des expériences (agréables ou désagréables) orientent normalement l’individu vers la santé et l’équilibre : l’individu porte en lui des mécanismes naturels de métabolisation et guérison psychiques.
L’EMDR va en quelque sorte stimuler le système naturel de traitement de l’information du système nerveux, afin que les associations requises pour l’apprentissage puissent être forgées.

« PASSÉ PRÉSENT FUTUR »

Le modèle de traitement de l’information qui gouverne la psychothérapie EMDR est fondamentalement orienté par le temps : Passé-Présent-Futur.

Tout d’abord, le clinicien étudie le paysage biographique que lui offre chaque patient en identifiant les souvenirs qui ont pu contribuer au dysfonctionnement courant. Ceux–ci nous intéressent car ils contiennent les perceptions qui ont été encodées au moment de l’événement - images, pensées, sons, émotions, sensations physiques, et croyances sur soi.

Avant de procéder au retraitement des souvenirs traumatiques, les compétences nécessaires doivent être incorporées afin d’assurer une vie stable et adaptée.
Ces compétences sont mises en place ou renforcées par la stimulation bilatérale de l’EMDR. L’expérience clinique montre en effet que la stimulation bilatérale a d’une part un effet de métabolisation des traumatismes et permet d’autre part de renforcer chez l’individu, les traces mnésiques positives (appelées « ressources »).
Cette caractéristique vient favorablement servir la stabilisation indispensable du patient avant toute confrontation aux traumatismes.

Lors du retraitement des traumatismes par la stimulation bilatérale, les associations appropriées se révèlent au patient qui fait l’expérience d’une transmutation rapide de ses perceptions, sensations, affects et activations physiques dysfonctionnelles en des états émotionnels, perceptuels et cognitifs sains.
Une fois les événements traumatiques passés retraités, les situations présentes qui déclenchent la perturbation sont également identifiées et travaillées avant d’aborder la préparation à des situations futures.

Si les patients ayant fait l’expérience d’un traumatisme lié à un seul événement, ou à une seule classe d’événements se rétablissent relativement rapidement, il n’en est pas de même pour les personnes présentant des ESPT chroniques, complexes et des troubles dissociatifs. Dans les cas de troubles de la personnalité, sous-tendus par des tableaux traumatiques complexes, l’EMDR est utilisée initialement pour incorporer des affects positifs et les expériences nécessaires au comblement des déficits causés par des fenêtres développementales qui ont pu être refermées prématurément.
Certaines étapes du développement psychique et de la socialisation ont pu être empêchées ou réalisées de façon incomplète : faire confiance à ses perceptions, identifier des limites appropriées, développer une permanence de l’objet, se lier aux autres, autoréguler ses émotions…

Pour ces patients, retraiter les souvenirs traumatiques ne suffit pas et est souvent contre-indiqué dans le premier temps de la thérapie, car ils ne disposent pas des réseaux de mémoire adaptatifs et positifs suffisants pour servir une assimilation correcte des événements.
Un long travail de stabilisation et de renforcement peut s’avérer nécessaire avec eux, préalablement à la confrontation aux événements traumatiques passés.

MISE EN PLACE D’UN CADRE STRUCTURÉ PERMETTANT L’ACCÈS ET LA CONFRONTATION AU MATÉRIEL TRAUMATIQUE DE FAÇON CONTENUE ET SÉCURISÉE : UN TRAITEMENT EN 8 PHASES

Phase 1 : Histoire du Patient et Planification du Traitement

Anamnèse et appréciation de tout le tableau clinique (comportements dysfonctionnels, symptômes, caractéristiques…) pour identifier et hiérarchiser le retraitement séquentiel des « cibles » (souvenirs traumatiques) semblant composer la base de la pathologie.
Cette phase inclut également la prise en compte des points forts du patient et de ses ressources internes et externes (solidité du moi et de la résilience notamment) pour apprécier quel sera le meilleur moment pour entreprendre le retraitement des souvenirs traumatiques.

Phase 2 : Préparation

Relation thérapeutique, définitions d’objectifs cliniques réalistes, entraînement à l’utilisation de stratégies d’ajustement, techniques de contrôle de soi et de gestion du stress. La stabilisation du patient étant un pré-requis indispensable avant le retraitement des souvenir par l’EMDR.

Mise en place d’un « Lieu Sûr », développement des ressources (Leeds 1998, Leeds and Shapiro 2000, Phillips 2001) par l’utilisation notamment des souvenirs et affects positifs (courage, sécurité, force) pour qu’ils deviennent plus facilement accessibles pour le patient.

Cette phase de préparation est particulièrement importante et peut être prolongée, notamment pour les cas de patients présentant un ESPT complexe, des troubles de la personnalité et des troubles dissociatifs.

Phase 3 : Évaluation

Identification du souvenir, avec l’image visuelle qui lui est associée, la croyance négative sur soi impliquée, la croyance souhaitée, l’émotion et les sensations physiques qui l’accompagnent. Mesure de la validité ressentie de la croyance souhaitée sur une échelle de 1 à 7 (VOC) et mesure de la perturbation éprouvée de 0 à 10 (SUD).

Phase 4 : Désensibilisation

Le patient se concentre sur tous les éléments ci-dessus rassemblés et la stimulation attentionnelle bilatérale (droite-gauche, par les mouvements oculaires ou tout autre stimulation tactile ou sonore) est appliquée.
Il est invité à « laisser venir ce qui vient, et se produire ce qui arrive ».
Entre chaque séquence de stimulation bilatérale, le client prend une grande respiration et rapporte les informations verbales et non verbales qu’il aura notées en lui.
Il peut s’agir d’images, de sensations, d’émotions, d’autres souvenirs, de pensées…

Le clinicien laisse avancer le train du processus sans interférer si des changements sont constatés entre chaque séquence.
C’est seulement si le processus se bloque qu’il interviendra selon des procédures spécifiques.
Le processus est poursuivi jusqu’à ce que l’accès au matériel pris comme cible de travail ne révèle plus de perturbation (SUD =0).

Ce traitement focalisé des informations aboutit à l’affaiblissement des affects, de l’imagerie, des croyances et sensations négatives et à un renforcement des images, croyances et sensations et affects positifs (Shapiro 1989a, 1991, 1995).

Phase 5 : Installation

Durant la phase 4, la force de la validité éprouvée de la cognition positive souhaitée initialement fixée comme objectif en phase 3 (ou d’une autre, éventuellement plus appropriée) a généralement augmenté.
Cette cognition positive est alors couplée avec le matériel initialement perturbant, qui se sera généralement beaucoup modifié, et la stimulation bilatérale est appliquée jusqu’à ce qu’une VOC de 6 ou 7 soit atteinte.

Phase 6 : Scanner du Corps

Les yeux fermés, le patient vérifie si une perturbation résiduelle demeure en lui, sous forme de sensation corporelle.
Si c’est le cas, il se concentre dessus et la stimulation bilatérale est de nouveau appliquée jusqu’à disparition de celle-ci.

Phase 7 : Clôture

Que le retraitement soit arrivé à son terme ou pas à la fin de la séance, il est indispensable que le patient ait atteint un état d’équilibre émotionnel suffisant avant de repartir.
Si la phase de désensibilisation n’est pas terminée, les techniques de gestion de soi apprises par le patient lors de la phase 2 (Préparation) peuvent être utilisées.
Il est demandé au patient de tenir un journal et d’y noter toute expérience émotionnelle, physique ou cognitive, plaisante ou déplaisante qui pourra attirer son attention jusqu’à la séance suivante.
Si nécessaire, il utilisera également les techniques de gestion de soi apprises en phase 2 (relaxation, Lieu Sûr…)

Phase 8 : Réévaluation

Appréciation des observations notées par le patient, vérification du maintien des effets de la séance précédente.
Poursuite du travail si la séance était inachevée, identification et préparation de nouvelles cibles de travail.
Ces séances de suivi sont essentielles pour apprécier l’efficacité du retraitement et ses effets comportementaux.
La stabilité du patient dans son système social fera l’objet d’une attention particulière.

ÉTUDE DE CAS

La transcription d’un extrait de séance ci-dessous illustre comment l’EMDR rend possible le « dégel » des informations physiques restées figées dans le système nerveux.
Âgée de 45 ans, la patiente a été violée dans une voiture à l’âge de 8 ans.
Lors de l’évocation du souvenir, la dimension d’impuissance est prépondérante, la fin du processus de retraitement met en évidence le sentiment de culpabilité profondément inscrit et une évolution cognitive aboutissant à des verbalisations adaptées sur son innocence et l’attribution appropriée de la culpabilité sur l’auteur de l’agression qu’elle a subie. La transformation de l’expérience et l’intégration du souvenir lui permettent également de recouvrer un sens de contrôle.
La dimension de réalisation véritable de ce qui s’est passé, exprimée à la fin du processus, et un sentiment d’ « ici et maintenant » renforcé, indiquent la résorption de la dissociation.

Les * * * * * * * * indiquent chaque séquence de mouvements oculaires.

Image visuelle : « Lui, et je suis allongée dans la voiture, ma tête est bloquée sur le côté »
Cognition Négative : « Je suis impuissante »
Cognition Souhaitée : « Je peux agir »
VOC (Validité ressentie de la cognition souhaitée) : 2/7
Émotion : Peur
SUD (niveau de perturbation) : 9/10

Localisation des sensations : battements du coeur, l’oeil droit qui brûle
* * * * * * * *
A : Tout va très vite. Plein d’images me sont venues, j’ai mal au cou.
* * * * * * * *
La douleur a disparu. Je suis collée au niveau du dos.
* * * * * * * *
Ça s’allège.
* * * * * * * *
Je suis triste.
* * * * * * * *
Ma tête était lourde, elle est allégée maintenant.
* * * * * * * *
La boule remonte (pleurs +++)
Pourquoi j’ai rien dit ?
* * * * * * * *
Toujours cette question « pourquoi j’ai rien dit ? ». J’ai le sentiment d’étouffer, j’ai une brûlure à gauche. Je rétrécis. Je suis lourde, je suis plaquée contre le fauteuil.
* * * * * * * *
Je décolle du fauteuil. C’est agréable ! Je peux m’enlever du fauteuil ! Je me sens bien présente maintenant.

Retour à la cible
L’image de sa main. J’ai le sentiment d’une grande solitude. Les deux images se confondent.
* * * * * * * *
J’ai une brûlure à la nuque. Ma tête peut se dégager maintenant. C’est chaud mais léger. C’est très agréable. J’ai été un peu triste et c’est passé maintenant.
* * * * * * * *
Je peux bouger la tête maintenant. Je ne suis pas obligée d’être collée. Je peux m’en aller. Je peux bouger. J’ai vraiment le sentiment de pouvoir bouger ! Mes jambes peuvent se mettre en mouvement. Je me sens allégée.
* * * * * * * *
C’est rassurant de savoir qu’on existe encore. J’ai les mots « Je vis » qui me viennent. Je suis émue.

Cible
Je me décolle du fauteuil, sauf l’arrière de la tête.
* * * * * * * *
J’arrive pas à partir !!! (Paniquée ++) J’ai la tête accrochée !
* * * * * * * *
Je cours.
* * * * * * * *
J’ai l’impression d’avoir couru longtemps. J’ai dépensé beaucoup d’énergie à courir. J’ai mal au mollet, j’ai encore du mal à décoller ma tête.
* * * * * * * *
Je sais que ça va s’arrêter. J’ai envie de vomir, ma tête part à droite.
* * * * * * * *
J’ai eu l’image d’un oiseau qui casse l’oeuf. Il y a du brouillard dans mon oeil droit. Une force qui aspire à droite, qui monte et qui descend.

Mes jambes sont légères, c’est agréable. Elles me tiennent et me portent. Elles décident. C’est léger, c’est drôle. Je n’ai plus peur de la voiture. Je ne suis plus collée.
* * * * * * * *
Je me décolle. Je ne suis plus coincée et terrorisée. Quand j’imagine qu’il peut s’approcher, l’image s’arrête ! Je ne subis pas.
* * * * * * * *
Je suis bien, je me suis vue courir, comme si je ne suis plus dans la voiture en fait.
* * * * * * * *
Je cours toujours. Une chaleur dans le dos. Mon cou peut bouger. J’ai grandi du tronc.
* * * * * * * *
Je sens la honte qui s’en va.
* * * * * * * *
J’ai grandi. C’est émouvant. C’est comme une réussite.
* * * * * * * *
Des kilos de choses qui s’en vont, la honte, la peur. Je suis bien là. Je sens beaucoup d’énergie dans mes jambes. Je suis là et c’est comme un film.
* * * * * * * *
Je cours toujours, je ne suis plus dans la voiture. La voiture est derrière. La voiture est derrière. La phrase « Je n’ai plus besoin d’avoir peur ». Je suis bien là. C’est comme une projection de film. Plein d’images de ce qui m’est revenu. Les images défilent.
* * * * * * * *
Ça s’est vraiment passé mais je ne subis plus. Je suis légère.

Cible
J’ai encore une petite douleur au cou, mais je sens ma force et je résiste.
* * * * * * * *
C’est comme un tourbillon. Je pivote. Je n’ai plus mal au cou. Je tourne sur moi-même. Je ne suis plus du tout perturbée. Je suis soulagée. C’est fini. Je réalise que c’est fini. Je suis bien là.
* * * * * * * *
Maintenant je peux me défendre. Maintenant je sais que je ne pouvais pas me défendre, j’étais trop petite.
* * * * * * * *
Il est coupable. Je suis en colère. Très en colère. Je suis innocente. Je réalise à quel point je me sentais coupable. Je réalise le poids de culpabilité et de honte que je portais. Je ressens de la colère.
* * * * * * * *
Je suis abasourdie. Je n’ai plus honte. C’est du passé. Je suis en dehors de la voiture. Je sais ce qui s’est passé mais c’était avant. Je suis dans le présent. Je peux y penser sans brouillard et sans douleur. Pas de honte et de culpabilité. C’est pas de ma faute.
(…)

CONCLUSION

La proposition fondamentale sur laquelle la thérapie EMDR s’appuie est que chacun d’entre nous porte en soi une tendance inhérente nous orientant vers la santé et l’adaptation (Maslow 1970, Rogers 1951).
Auparavant séparés, les réseaux neuronaux adaptatifs et les réseaux du matériel traumatique enfin connectés vont rendre possible une « irrigation » progressive de l’information correcte dans les réseaux traumatiques ciblés par le processus EMDR.

Les souvenirs ne sont pas effacés mais ils deviennent « inoffensifs ».
Le patient les perçoit selon une perspective nouvelle et se trouve engagé dans un processus de croissance personnelle profond et durable.
Intuitions, « révélations », modification des représentations de ses relations aux autres, diminution de son activation physiologique, amélioration de son estime de soi… : au-delà d’une réduction de sa symptomatologie, le patient vit une véritable transformation de sa personnalité grâce au déploiement de ses mécanismes innés de résilience, stimulés par l’EMDR.

L’EMDR bénéficie de conclusions convaincantes issues d’études expérimentales contrôlées mettant en évidence son efficacité sur l’ESPT et le maintien de ses résultats dans le temps. La recherche doit désormais se centrer sur ses mécanismes d’action et sur son application à d’autres affections.

Témoin privilégié de ces changements rapides d’affects et de pensées qui se réalisent sous ses yeux pendant la stimulation bilatérale elle-même, mais aussi tout au long de la thérapie, conscient d’avoir « simplement » soutenu les mécanismes naturels de métabolisation psychique qui avaient été entravés, le thérapeute EMDR accompagne son patient avec une confiante humilité.
Les résultats rencontrés rendent le terme de « guérison » indiqué dans de nombreux cas et font de sa pratique une expérience infusée de joie partagée.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

American Psychiatric Association (2004). Practice Guideline for the Treatment of Patients with Acute Stress Disorder and Posttraumatic Stress Disorder. Arlington, VA : American Psychiatric Association Practice Guidelines

Department of Veterans Affairs & Department of Defense (2004). VA/DoD Clinical Practice Guideline for the Management of Post-Traumatic Stress. Washington, DC.
http://www.oqp.med.va.gov/cpg/PTSD/PTSD_cpg/frameset.htm

INSERM (2004). Psychothérapie : Trois approches évaluées. Expertise collective Canceil O, Cottraux J, et al. Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, Paris, France.

Leeds, A. M. (1998). Lifting the burden of shame : Using EMDR resource installation to resolve a therapeutic impasse. In P. Manfield (Ed.), Extending EMDR : a casevook of inovative applications. New York : W.W. Norton.

Leeds, A. M., & Shapiro, F. (2000). EMDR and resource installation : Principles and procedures for enhancing current functioning and resolving traumatic experiences. In J. Carlson & L. Sperry (Eds.), Brief therapy strategies with individuals and couples (pp. 469-534). Phoenix, AZ : Zeig/Tucker.

National Institute for Clinical Excellence (U.K – 2005) Post-traumatic stress disorder (PTSD) : the management of PTSD in adults and children in primary and secondary care.

Maslow, A. H. (1970). Motivation and personality. New York : Harper & Row.

Phillips, M. (2001). Potential ccontributions of hypnosis to ego-strengthening procedures in EMDR. American Journal of Clinical Hypnosis, 43, 247-262.

Rogers, C. R. (1951). Client centered therapy. Boston : Houghton-Mifflin.

Shapiro, F. (1989).Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories. Journal of Traumatic Stress Studies, 2, 199-223.

Shapiro, F. (1991, December). Stray thoughts. EMDR Network Newsletter, 1, 1-3.

Shapiro, F. (1995). Eye movement desensitization and reprocessing : Basic principles, protocols and procedures. New York : Guilford Press.

Shapiro, F. & Forrest, M. (1997) EMDR. New York : Basic Books.

Shapiro, F. (2001). Eye movement desensitization and reprocessing : Basic principles, protocols and procedures (2nd ed.) New York : Guilford Press.

Siegel, D. J. (1999). The developing mind : Toward a neurobiology of interpersonal experience. New York : Guilford Press.

Van der Kolk, B. A. (1994). The body keeps the score : Memory and the evolving psychobiology of posttraumatic.

SUGGESTIONS BIBLIOGRAPHIQUES COMPLÉMENTAIRES EN LANGUE FRANCAISE :

Serge Ginger, 100 réponses pour en finir avec les idées reçues, DUNOD, 2005.

Marc Horwitz, Courants et pratiques psy, Larousse 2007.

Jacques Roques, EMDR, une révolution thérapeutique, la Méridienne, Desclée de Brouwer, Paris, 2004.

Jacques Roques, Guérir avec l’EMDR - Traitements - Théorie - Témoignages, le Seuil, janvier 2007

David Servan-Schreiber : Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse. Robert Laffont 2003.

Francine Shapiro, Margot Silk Forrest, Des yeux pour guérir, EMDR : la thérapie pour surmonter l’angoisse, le stress et les traumatismes, Couleur Psy, Seuil, Paris, avril 2005

Francine Shapiro, Manuel d’EMDR. InterEditions, mai 2007

Texte de Pauline GUILLERD, Psychologue clinicienne, Praticienne EMDR - Octobre 2007

www.emdr-france.org